12 Fev - Le film de la course
Même si le début de course a été dominé par le vainqueur du Vendée Globe, Vincent Riou, Jean-Pierre Dick et Damian Foxall ont bien tiré leur épingle du jeu en franchissant le détroit de Gibraltar en tête dans la nuit du 15 novembre. JP :" Le passage de Gibraltar était agité avec beaucoup de virements de bord : cinq virements d'affilée en une nuit, c'est épuisant C'est une satisfaction de passer Gibraltar en tête. C'était un objectif de ne pas tomber dans un trou d'air en Méditerranée et d'essayer de sortir dans le paquet de tête. » Les écarts commencent à se creuser mais Paprec-Virbac 2 et PRB sont très proches. Comme le dit Jean-Pierre Dick avec enthousiasme "après la bataille de Malaga, celle de l'Atlantique commence !"
En tête depuis une semaine, Jean-Pierre Dick et Damian Foxall sont entrés dans l'Archipel du Cap Vert en chantonnant sans doute les airs de Césaria Evoria ! Dans les rétroviseurs, PRB est à 95 milles et Veolia à 100 milles. Le passage du Pot au noir est en ligne de mire mais en attendant il faut veiller aux dévents des îles du Cap Vert. Damian : « Nous venons aussi chercher les accélérations du vent entre les iles donc nous sommes collés à la barre. C'est très fatiguant. De plus en plus, nous faisons des quarts plus courts (ndlr : en temps normal : 3h chacun) car nous sommes fatigués tous les deux. »
Paprec-Virbac 2 est sorti du Pot au Noir en seconde position derrière PRB. JP relativise la perte de la première place et lance son monocoque dans une course de vitesse vers le Brésil. "On va reconstruire et naviguer le plus rapidement possible. Personnellement, c'est une zone du monde que je n'aime pas beaucoup car trop soumise aux aléas. Le début de la course a montré que les bateaux sont similaires. PRB et Paprec-Virbac 2 ont eu de belles vitesses à tour de rôle. Nos bateaux sont assez sophistiqués et demandent beaucoup de présence physique pour exploiter tout leur potentiel. Mais, cette course n'est pas seulement une course de vitesse ; la stratégie est aussi très importante. Le moindre faux pas peut avoir de lourdes conséquences. » Les skippers ont passé l'équateur
Le Jean-Pierre et Damian prennent la tête de la Barcelona World Race et ne la lâcheront pas jusqu'à Barcelone.
L'océan Indien, Il faut se couvrir !
Dans cette zone, Jean-Pierre et Damian ont croisé leurs premiers icebergs. Ils doivent se couvrir chaudement car la température extérieure est de 0°C à l'intérieur de Paprec-Virbac 2
"Je porte sur moi :
3 paires de chaussettes
1 paire de sur chaussettes gore tex
1 paire de bottes
1 sous couche pantalon
2 pantalons polaires
1 salopette polaire imperméable
1 sous-couche haut du corps
2 polaires
1 gilet imperméable
1 paire gants néoprène
1 combinaison intégrale gore tex
1 paire lunettes Arnette"
Avec le décalage horaire, Jean-Pierre et Damian ont fêté Noël 12 heures avant la France ! Ils ont organisé une petite fête à bord autour du satellite qui, pour l'occasion, fait figure de sapin de Noël. Jean-Pierre : " Ce sont des fêtes très humides ici dans l'Océan Indien : il y a du vent et des vagues ! Nous nous sommes déguisés en Père Noël. Ca fait du bien de décrocher de la course quelques instants ! Nous avons déballé les cadeaux de nos proches : une mallette avec plein de trucs dedans, des dessins de nos neveux et nièces, des petits mots, des friandises.Au menu de ce noël franco-irlandais : magret de canard, du Christmas pudding, du vin rouge pour moi, du whisky pour Damian notre Irlandais.» L'an dernier, Paprec-Virbac 2 était en peinture dans son chantier néo-zélandais (à Tauranga). Au passage du détroit de Cook, le monocoque bleu a tout juste un tour du monde dans l'étrave.
Le 27 décembre, alors que Hugo Boss est en arrêt technique à Wellington, il a fallu réparer un gros bobo sur le safran tribord (droite) suite à une collision avec OFNI (objet flottant non identifié). Harnaché au dessus de l'Océan Pacifique, Damian Foxall a entrepris un travail de précision et de haute-voltige pour consolider le safran avec des feuilles de carbone. JP : « Damian a recouvert de tissus de carbone et d'enduit la blessure sur le safran. L'idée était de créer une protection pour éviter que le carbone soit à l'état brut en contact avec la mer. A grande vitesse, il y avait un risque que le safran se délamine (ndrl : les couches de carbone se décollent). »
Après 59 jours de mer, dans un vent très fort et une mer démontée, Paprec-Virbac 2 a passé le Cap Horn de nuit à 7h20 heure française du matin. Il navigue désormais en Atlantique. Pour JP et Damian, c'est la fin des mers du sud, ses tempêtes, ses albatros et ses icebergs. C'est aussi et surtout le virage à gauche vers la ligne d'arrivée, "la maison". Jean-Pierre ne cachait pas sa joie de franchir pour la deuxième fois le Cap Horn (1ère fois en 2005 pendant le Vendée Globe). "Aujourd'hui, en passant près du Cap Horn, cela représente énormément pour Damian et moi : un tournant, une délivrance, un rêve de marin, une étape de plus vers la victoire. c'est vraiment sympa".
Jean-Pierre : « Nous avons eu un gros soucis au niveau du Cabo Frio au large du Brésil. C'est passé inaperçu car nous avons réussi à le gérer. Notre étai de solent (le câble principal qui tient le mât en place) s'est cassé. C'est la galette d'enrouleur qui s'est rompue d'un coup sur la partie basse. Heureusement le mât n'est pas tombé. Nous avons eu de la chance car l'étai de trinquette était en place. »
Après une remontée de l'Atlantique au près, Jean-Pierre et Damian sont de retour sur la Grande Bleue. Le passage de Gibraltar a été particulièrement mouvementé : 45 nouds de vent au près.
Jean-Pierre Dick : « Toute la nuit, nous avons eu jusqu'à 45 nouds de vent. Paprec-Virbac 2 tape dans la mer et cela fait mal au bide. Les vagues sont très courtes. Nous sommes proches de la côte et le spectacle est magnifique. »
Parti le 11 novembre dernier de Barcelone, c'est le 11 février que Paprec-Virbac 2 a coupé la ligne à 21h 49min et 49s (heure française) après 92 jours 8h 49min et 49s à la vitesse moyenne de 11,13 nouds. Pendant ces trois mois de course, Jean-Pierre et Damian ont parcourus 28 329 milles (52 465 km).
Jean-Pierre : « C'est merveilleux de tourner autour de la planète, de traverser tous ces océans et de voir tous les animaux marins. C'est superbe ! C'est un sentiment rempli de bonheur. C'est le plus beau jour de ma vie ! Cette victoire, c'est la récompense d'un an de travail pour cette Barcelona World Race. »
Interview de Jean-Pierre Dick
« C'est une grande joie, une profonde émotion aujourd'hui de passer cette ligne d'arrivée de la Barcelona World Race. C'est plus d'un an de travail qui est symbolisé par ce passage de ligne et cette victoire annoncée. Mes derniers moments de course étaient fabuleux : le bateau qui glissait doucement en Méditerranée, ma mer de prédilection et puis mes amis, ma famille, les gens que j'aime, mes partenaires qui m'attendaient pour vivre en communion ce moment avec moi. Que de bonheur ! Que de joie ! Avec Damian, on est très content d'être là, de marquer notre nom pour cette 1ète édition de la Barcelona World Race. »
« Une grosse partie de notre joie est interne et d'autre part, on a des discussions. Damian est arrivé sur le projet et, comme on n'a pas navigué tout de suite, il s'est mis au turbin pas forcément comme navigant. On échange nos idées sur ce qui a été bien fait ou moins bien fait. Notre joie est d'autant plus forte que ces derniers jours ont été difficiles avec le passage de Gibraltar dans des vents de 40 nouds de face. Et une restriction de nourriture ! Ca gargouillait dans nos ventres ! »
« Un peu des deux. On a été un peu léger car on a voulu alléger au maximum ! On a embarqué 84 jours de vivres pour optimiser le poids. On n'a fait aucune concession même au niveau de la nourriture. On est à la limite. Mais il faut faire attention car ne pas manger peu induire des manques (vigilance, agressivité etc..) ; ça peut être problématique ! C'est bien d'arriver aujourd'hui ! »
« Il y a forcément quelques petits moments de tension mais ils se sont vite dégonflés. Avec Damian, on a des visions très proches de voir les choses à bord, de la prise de risque, de la course au large, de l'analyse météo etc. Il y a une cohésion de fond. Les points où l'on a pu éventuellement être en désaccord, la communication, une phrase mal perçue.mais ça s'arrête là. La cohabitation a été excellente, d'où le résultat !
Ce n'est pas facile dans un endroit confiné. On a peu d'intimité. On doit tout partager. On doit faire abstraction de certaines choses. Ca reste très petit par rapport à l'ensemble des choses qui nous unissent et notamment dans ce type de course, le résultat qui nous unit. L'objectif final est de gagner la course ce qui fait que la performance est clé ; ça nous aide à aplanir les différences. C'est fantastique, ce n'est pas couran! t. Il faut la volonté, l'envie de gagner. C'est ce qui fait la différence au final ! »
« En fait, il y a eu 3 grandes phases dans ce tour du Monde :
1) Toute la descente de l'Atlantique, c'était un combat très proche avec PRB où l'on a pris du plaisir à se tirer la bourre ! Lorsque que Vincent a cassé son mât, on était à 17 milles l'un de l'autre, on venait de le passer dans la nuit.
2) Là s'est engagée une autre période de course avec Veolia Environnement et Hugo Boss qui étaient déjà plus distants à une centaine de milles. Mais nous étions tout de même dans une course poursuite. C'était quand même stressant pour nous car il y avait les conditions pour que les poursuivants reviennent. On a du gérer notre avance par rapport à ça. On a pris des risques en étant assez sud parce qu'il nous semblait que c'était la meilleure route possible mais dans les icebergs.
3) Suite à l'arrêt d'Hugo Boss, on a pris le large avec 800 milles d'avance, jusqu' à 1000 milles d'avance au Cap Horn. C'était plus une course de longue haleine et de gestion du matériel. Néanmoins, avec Damian, on n'a jamais levé le pied, on a été toujours à l'optimal de ce que pouvait faire le bateau. Même si on a été un peu plus prudent, on a toujours changé les voiles quand il fallait les changer, on a toujours été sur la "bête" pour faire avancer Paprec-Virbac 2. »
Loïck Peyron : « JP est heureux, il a bien travaillé, il sait choisir son équipe. Il fait des choix à long termes qui payent. Avec Mike Sanderson, on se disait que JP était le champion du monde des courses en double. Je trouve qu'il prend conscience de ce qu'il est. Il sera un sérieux concurrent pour le Vendée Globe. Il ya deux ans il n'était pas sûr de lui, aujourd'hui il est serein. JP et Damian ont fait une course très propre et ils n'ont pas volé cette victoire. »
Roland Jourdain : « Je suis vraiment ravi pour eux ! On aurait bien aimé avec Jean-Luc batailler jusqu'au bout pour finir à leurs côtés, mais la course en a décidé autrement. Jean-Pierre et Damian ont vraiment fait du super boulot. Il n'y a rien à redire ! Je leur souhaite donc de savourer tout le meilleur de cette belle arrivée à Barcelone et encore bravo pour cette victoire ! »
